Tu l’as entendu lors de tes cours de yoga. Tu l’as lu dans ton livre de développement personnel ou dans le dernier article de ton magazine préféré.

Tu l’as épinglé sur la porte de ton frigo.

Tu n’as peut-être rien fait de tout ça mais il y a de forte chance que tu l’ai entendu au moins une fois si tu baignes, ne serait-ce qu’un orteil, dans le grand bain du yoga.

« Il n’existe rien de constant, si ce n’est le changement » . L’impermanence ou la sagesse du bien respecté et respectable Bouddha.

Depuis deux mois que nous sommes très fortement priés de rester chez nous – à l’échelle mondiale ce n’est pas rien – je pense que ce changement continuel, ce flot incessant, tu l’as probablement senti venir, senti être, senti passer. Peut-être pas. Peut-être que ce « hors de contrôle » n’a pas fait son chemin jusqu’à toi. Peut-être qu’il est toujours question de se focaliser sur ce qui reste. Sur ce qui va recommencer « comme avant » parce que non le changement je n’en veux pas. Parce qu’il m’effraie. Parce que ce qui se cache derrière la prochaine porte je n’en veux pas. Je suis très bien comme ça. Je ne veux pas que ça change.

Voici donc la cause de la souffrance ? L’être humain veut faire durer le plaisir … Ad vitam aeternam ? Le plaisir ne dure pas. Tu ne seras pas heureux toute ta vie. Tu ne seras pas malheureux toute ta vie non plus.

En fait, tu ne seras plus ce que tu as été la seconde d’avant.

 

Cela aussi passera

 

« This too shall pass » Dans mon séjour longue durée dans l’ashram Sivananda de Nassau je n’en pouvais plus d’entendre un des Swami me répéter constamment ce précepte.

Je me demandais plutôt si mon envie de l’étouffer avec sa longue chemise blanche allait aussi passer. Et c’est effectivement passé. Pendant que je m’époumonais avec ma colère, ma tristesse et mon impression de fin du monde, mon cher Swami, lui, semblait plutôt vivre au-dessus de ce monde. Observant ses émotions comme il observe une tierce personne faire son entrée.

Depuis deux mois que je passe ma vie à la maison, tout cela m’est vivement revenu en mémoire

Si chance il y a dans cette période particulière, c’est probablement qu’elle ait eu lieu au printemps.

Jamais je n’avais pris autant de temps à regarder les fleurs de mon jardin. Pourtant j’y ai grandi dans ce jardin.

Jamais je n’avais remarqué que le Lila violet, son odeur sucrée et la perfection de sa couleur étaient si éphémère. À peine ais-je eu le temps de me reconnecter à cette odeur, à prendre quelques branches pour embaumer la maison, à le regarder éclatant depuis ma fenêtre que, déjà, il avait fané.

Le cerisier en fleurs était une œuvre d’art à ciel ouvert, une invitation au voyage, éclats du Japon au milieu du vignoble alsacien.  Les fleurs du pommier, blanches comme une jeune mariée qui jamais ne vieillira. Une impression d’éternité.

J’ai pris le temps de regarder, et pourtant, sans m’en rendre compte, aussi rapide qu’un dernier souffle, il n’y eu plus de fleurs.

Tels sont les fragments du Divin. Éphémères.

Tout change, tout le temps. Le meilleur apprentissage d’une telle sagesse se fait en regardant par la fenêtre si tu as la chance de vivre au plus près de la Nature. Si ce n’est pas le cas, planter quelques graines à ta fenêtre ou sur ton balcon saura te rappeler à ces cycles naturels.

Tout est si fragile.

Je trouve pourtant que c’est cette fragilité, cette impermanence, qui font de notre existence un miracle de chaque instant.

 

C’est également de ces cycles dont il est question dans la mythologie indienne avec le Dieu Shiva. L’un des Dieux les plus importants et les plus vénéré de l’hindouisme, et plus particulièrement dans le Shivaïsme.

Il est, parmi ses nombreux attributs, le symbole de la destruction, de l’illusion et de l’ignorance.

La destruction fait partie de la Vie. Il s’agit là d’une destruction qui a pour but la création d’un nouveau monde. Shiva transforme.

Il est souvent représenté avec les yeux mi-clos car il les ouvre lors de la création du monde et les ferme pour mettre fin à l’Univers et amorcer un nouveau cycle.

 

Écris ta nouvelle histoire

 

C’est également ce que tu fais lors d’une pratique de yoga. Tu pars du sol, de la Terre, puis tu t’élèves, tu t’exprimes dans le mouvement avant de ralentir, revenir à la Terre Mère et t’abandonner dans la posture finale, la posture parfaite. Savasana, la posture du cadavre. Tu peux ainsi laisser mourir ce qui n’est plus et au bout de quelques minutes ouvrir à nouveau les yeux et renaître.

 

Demain nous amorçons ce qui a été nommé « déconfinement ».

Ces temps d’incertitudes génèrent peut-être peur et instabilité émotionnelle.

Tu peux choisir de transformer ces émotions, transformer cette énergie. Laisser ce qui n’est plus pour te réinventer, écrire ta nouvelle histoire et ton nouveau monde.

Cultive la confiance, observe tes pensées et observe ce que tu regardes ou lis pour alimenter tes pensées.  Si une surcharge d’informations te font broyer du noir et augmenter le sentiment de peur, il est peut-être temps d’une balade en forêt ou d’une bulle en silence, tout simplement.

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